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On vide l'étang

 

To en bottant son Opinel dans sa poutche, D’jeusa dit à son père :
«On n’ai pé véda l’étang depu  tro’j’ans…ê s’rait pêt’ bie to de l’fare »
L’ Phirinai d’meura un to sans ro dire, s’est leva et dit :
«ouais…i d’mandera à Abel, Piir, Popol et T’châlo d’veni no âdie  sanm’di  pro’t’chain. Marie t’ai pû no fare di sanglie, çui qu’on ai tua à la dernère béttue… »

Guguss dit : « ç’t’ onâ, ai n’faudra pé r’botta de brotchet dans l’étang, ai mandgeant trop de cârpes et de treutes. »
A la véprâ, D’jeusa ai cueupa un long breutio de noige’tier. Dov’ lé bout d’son breutio, ai fâ enn bouquje. Dain’na, à la digue è pûe trova l’ touillon. L’touillon so ein pûe mo l’boutchon de l’étang, ai l’ô à 4 mét’ dé fond.
Ê fô l’trova, l’aggripa po laissa l’ôve ora dans la tchéneau. D’jeusa connion bie l’étang, ènn lui faut pé topiet de to po trova le touillon et le r’tira…ma pé en enté, l’ôve va s’en ora to doç’ment pendant la s’maine, on ne pôtche que sanm’di protchain.


 Si pendant les protchains djous, veus ora chez Clodot, veus pûtes vouar que le niveau de l’étang bache p’tét à p’té. A la fin d’la s’maine, ptêt bie qu’veus poré vouar  lé dos des cârpes.
En aettendant sanm’di, l’ Phirin, D’jeusa et Gugusse devant nétöie et élardgi la tcheneau po qu’l’ôve pu s’écoula ; ai f’sant ç’la dov la hâtche à pra. Ai f’sant aussi un p’té étang (et des petchus) po garda l’pouéchon après la pôtche.

 

Tout en mettant son Opinel dans sa poche, Joseph dit à son père :
 « On n'a pas vidé l'étang depuis 3 ans…Il serait peut-être temps de le faire »

Zéphirin est resté un moment silencieux, s'est levé et dit : « ouais…je demanderai à Abel, Pierre, Popol et Charles de venir nous aider samedi prochain. Marie, tu pourrais nos faire du sanglier, celui qu'on a tué à la dernière battue… »
Auguste ajoute : « Cette année, il ne faudrait pas remettre de brochet dans l’étang, ils mangent trop de carpes et de truites. »

Vers la fin de l'après-midi Joseph a coupé une longue et souple baguette de noisetier. Avec l'extrémité de sa baguette il confectionne une boucle. A la digue de l'étang, armé de son étrange outil *, Joseph recherche la quille (appelée aussi le touillon). La quille, c'est un peu le bouchon de l'étang, à 4 mètres de fond environ. Il s'agit alors de la trouver, puis de l'agripper pour laisser l'eau s'écouler dans un petit canal. Joseph connaît bien l'étang, il ne lui faut que peu de temps pour retrouver la quille et la retirer. Il ne la retire qu'en partie, il va laisser l'eau s'écouler doucement pendant la semaine ; la pêche n'aura vraiment lieu que samedi prochain.
Si pendant les jours suivants vous rendez visite aux Clodot, vous verrez que le niveau de l'étang baisse petit à petit. A la fin de la semaine, on peut parfois voir le dos de quelques carpes…
En attendant samedi, Zéphirin, Joseph et Auguste nettoient et élargissent le petit chenal par où s’écoule l’eau de l’étang. Pour cela, ils utilisent leurs haches à pré. Ils préparent aussi un petit étang artificiel pour garder le poisson pendant les heures qui suivront la pêche.

* on peut aussi utiliser  une chaîne avec un nœud coulant, ou encore un crochet avec un long manche.
 Le dessus du touillon (la tête) comporte un creux : on peut y appuyer le bout d'une perche pour guider la chaîne.

 


L’étang des Prégueney à Servance (à gauche, la digue)

Lè sanm’di suivant, l’Phirin et ses boubs, Abel, Piir, Popol, T’châlo et ses èfants sont su l’bô de l’étang à eute houres. So la fin di mois d’septembre et l’soreu ô quoi là.
ë l’ô to de r’tira le touillon…
La tchéneau ô vite pieine d’ô et on pûe vouar les premé pouéchons dans la tchéneau et chu l’harbe.

Des tantches, des treutes, des breutchats, des cârpes, des rousses…
Popol n’en n’ai jamais vu autant : « mon na-mi, dov to ç’la, t’ai pûe neuri to Sevrance ! » Ê s’botte à rire en se tapant su la cueuche…
To le monde se botte à attrapa les pouéchons et les trïi. Les p’tès dans cette caisse ci, les greus dans celle-là…les cârpes ici…les treutes dans cette tcherpeigne. Et les breutchats ! Enn faut pé en r’botta un seul dans l’étang !!
Les èfants édant aussi, è z’en to le legi de pataugea dans l’ôve, ê craillant, riant, to’t échâma quand un pouéchon s’on va.
Ê faut emmena les pouéchons dans les petchus, dans la carpiire, dans les caisses en beu qu’on botte dans l’ôve. Les dernies pouéchons qué v’nant dans la tchéneau sont les greusses cârpes. « Regad’jez moi cté cit’, all fâ 30 livres !
- t’es vue rire, all fâ p’têt bie 40 livres
- all ô aussi greusse que le liivre que i a tua hie’ » dit Djeusa…Bie chure, Popol se botte à rire : « Mon na-mi !! Un liivre de 40 livres ! »
ë l’ô presque médi quand to les pouéchons sont dans les tcharpeignes. Ê z’en bie r’gaja qu’ê n’y ai pu de breutcha. Ë l’ô to d’ora bouare ein canon et de mandgea le sanglii de Marie.

 

Le samedi suivant, Zéphirin et ses fils, Abel, Pierre, Popol, Charles et ses enfants sont aux abords de l’étang à 8 heures. C’est la fin du mois de Septembre et le soleil est encore là.
Il est temps de retirer le touillon. Une vague envahit le chenal et bientôt, les premiers poissons poussés par l’eau apparaissent et se déversent dans le chenal et sur l’herbe.

Tanches, truites, brochets, carpes, perches…

Popol n’en n’a jamais vu autant : « Mon ami ! Avec tout ça, tu vas pouvoir nourrir tout Servance ! » Il se met à rire en se tapant sur la cuisse…
Tout le monde s’active à attraper les poissons et les trier. Les petits dans cette caisse ci, les gros dans celle là… les carpes ici...les truites dans ces paniers là… Et les brochets…surtout les brochets ! Il ne faut en laisser aucun. Aucun brochet ne devra retourner dans l’étang…
Les enfants aident aussi, tout contents de patauger dans l’eau, ils poussent des grands cris, rient, ont peur quand un poison leur échappe.
Régulièrement, il faut emmener les poissons dans les points d’eau qui ont été préparés pendant la semaine, ou dans la carpière, ou encore dans des caisses en bois qu’on place dans l’eau. Les derniers poissons qui apparaissent dans le chenal sont les grosses carpes. « Regarde moi celle-ci, elle fait 30 livres !
- tu veux rire, elle en fait au moins 40
- elle est aussi grosse que le lièvre que j’ai tué hier » dit Joseph…Bien sûr, Popol éclate rire : « Mon ami !! Un lièvre de 40 livres ! »
Il est presque midi quand tous les poissons sont récupérés. Tous ont bien vérifié surtout qu’il ne reste plus aucun brochet…Il est temps maintenant d’aller boire un canon et de déguster le sanglier mariné qu’a préparé Marie…


L’étang de Goutte-Géhant à Servance

Après avoua mindgie, des canons et ein petète gotte, to le monde se r’botte au travail. Ê fô trii le pouéchon.
On en baille aux voisins et à çue qu’en venu aida. On en rebotte dans l’étang (les al’vins et pu des greus po frayi.
Et pu on en vend aussi, sô Mimile qué fâ ç’la, ai part à piie dov sa tcharette, à Sevrance, Le Théllot et mâme Morgey. Bie chure, Marie ai oudja quéqu’ cârpes po cueujna, farci o en fréture…so bon !!!

 

Après le repas, quelques canons et quelques gouttes, tout le monde se remet au travail. Il faut maintenant trier le poisson.
Certains seront donnés aux voisins et à ceux qui sont venus aider Zéphirin et ses fils. D’autres seront remis dans l’étang (les alvins et d’autres plus gros pour la fraye ; les poissons morts ou blessés sont enlevés). Les autres seront vendus ; le plus souvent c’est Mimile qui part à pied avec sa charrette, jusqu’à Servance, Le Thillot ou même Melisey. Bien sûr, Marie ne manquera pas de garder quelques carpes…La reine de la carpe farcie et de la friture, c’est elle !!!


   

Lé lend’main, T’châlo et son boub v’nant po aida L’phirin po reboutchie l’étang. Ê faut rebotta le touillon dov des mottes de gazon, de la tarre bie grasse, et pu ê faut bie pôta…Din-na, l’ôve pu rempji l’étang. Bie chure ê faut rebotta les al’vins et les pouéchons po frayi…
Quand L’phirin et T’châlo en fini leur béjogne, ai van à la môjon…Le boub de T’châlo arrive derai eux et dit to fie : « Veus avé reullia dou pouéchons…dou p’tès dove eine tête allondgie…ê les ai r’botta dans l’étang…
- … ???!!
- Cré bon diou, dit L’phirin…ê l’ai rebotta des breutchats dans l’étang !! »

 

Le lendemain, Charles et son fils viennent aider Zéphirin à reboucher l’étang. Il faut replacer le touillon avec des mottes de gazon et de la terre grasse, et  bien tasser le tout…Ainsi, lentement, l’eau pourra à nouveau remplir l’étang. On n’oublie pas d’y mettre les alevins et les autres poissons qu’on a gardé pour la fraye…

Quand ils ont terminé leur travail, Zéphirin et Charles se dirigent vers la maison. Le fils de Charles les rejoint en courant  et annonce fièrement :

 « Vous avez oublié 2 poissons…2 petits avec une tête allongée…je les ai remis dans l’étang…
_ … ???!!
_ Cré bon diou, dit Zéphirin,  il a remis des brochets dans l’étang !! »

 


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