On tue le cochon.

 

 

 

 

Quant à n’ié pu d’lâ dans l’tuêt , ni d’andeuilles , on r’côse dè singnie lé pô.
On fâ céla chutôt à la patchie – fue ou au daerré to . Voici eine lène dure (sô s’què compte lé pu ), on pue s’y botta !..

 

Quand il n’y a plus de lard dans la cheminée , ni de saucisse, on reparle de tuer saigner le cochon.
On fait cela au printemps ( sortie de l’hiver ) ou en automne . Voici une lune dure (c’est ce qui compte le plus ), on peux s’y mettre !...

 

 

Phirin raguge les grands coutets , Marie on ramouènne quoi dou ou trô de la quegènne ( so l’seul d’joue qu’on s’ceupe ).
Gugusse apprôte la ballondge què Germin’ne ava botta renfia dans l’ru.
To o prô ; l’ôve queu , lé sè dove lé vinnagre po rétiama l’sang ; les zouègnons sont pieumés
Attropons in vôre ! « a fa souâ, on vu chopa lè boc sô! » dit D’jeuza
On va quire lè pô : « Toi D’jeuza , té l’attropré poi les orailles …
- A pu toi , Gugusse âderai à l’ botta t’chu la ballondge, moi il t‘ara poi la quoue. » dit Phirin
A n’es pé l’temps dè reuna qu’a lo djé riopé.
S’no pé l’to .. A faut l’riqua maint’nant qu’neu l’on djè t’chauboilâ… 
« In peu pu qu’on reuilla les ondiottes !
« - Oh ma, so què s’nétat pè in p’tè ,Gugusse a peu moi n’eu z ‘an to vu po leva
-
Germin’ne , ta t’charpeigne o tè prôte po botta les bouai ? »
Dou , trô queu dè rogne , lè v’la on dou . D’jeuza qué lé r’gage cueupa d’travé dit dain’na : 
 « On v’la quoi in qu’ava la cervalle t’chu eine san !
Oh !ben , in d’joue on n’non singnie in qué n’ava poué di to
 !
- Las moi heu !.. Ma t’né pé lè darret di queu in peu sô ? Véni bencta » dit Marie

 

Zéphirin aiguise les grands couteaux, Marie en ramène encore deux ou trois de la cuisine  (c’est le seul jour où l’on se coupe).
Auguste prépare la cuve que Germaine avait fait renfler* dans le ruisseau.
Tout est prêt ; l’eau cuit…le seau avec le vinaigre pour ramasser le sang…les oignons sont épluchés.
Attrapons un verre ! « Il fait soif, on va choper le bec sec ! » dit Joseph.
On va chercher le cochon : « toi Joseph , tu l’attraperas par les oreilles .
- Et puis toi Auguste, tu aideras à le mettre sur la cuve , moi je tiendrai la queue » dit zéphirin.
Il n’a pas le temps de gueuler qu’il est déjà tombé.
Ce n’est pas le tout .. Il faut le riquer* maintenant que l’on a déjà ébouillanté… 
« un peu plus et on oubliait les ongles !
« - Oh mais , c’est que ce n’était pas un petit , Auguste et moi nous avons tout vu pour le lever !
- Germaine , ton panier est il prêt pour mettre les boyaux ? 
»
Deux coup de rogne*, le voilà en deux. Joseph qui le regarde couper de travers dit comme ça :
 « En voilà encore un qui avait la cervelle sur un coté.
-Oh ! ben un jour on en a saigné un qui n’en avait pas du tout!
- Mais bien sur !…Mais tu n’as pas le derrière du cou sec ? Venez manger
. » dit Marie

 

 

[ 1] 

 

 

La greillade état bouenne , on n’on r’tire ( So què les pô dè phirin né mind’jan pé d’la poudre , què des poirottes !). La gotte auchu état bouenne , a pu a failla bin ronsoillie.
Si Marie n’es les ava pé arganda , a y s’rin quoi ! !

 

La grillade était bonne , on en reprend (C’est que les cochons de Zéphirin ne mangent pas de la poudre…que
des patates !). La goutte aussi était bonne , et puis il fallait bien resservir .
Si Marie ne les avait pas remué , ils y seraient encore ! 

 

[ 2] 

 

 

 

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 [ 1]Illustration Jean MORETTE

 [ 2]Gérard DAVAL